Jeannine Lorca – la danse après la ménopause

Par Zoe Leonard

Jeannine Lorca est professeur de danse, chorégraphe et directrice de la formation pédagogique Irène Popard, elle partage son expérience de la ménopause.

Bonjour Jeannine, « la danse à 50 ans, la danse à la ménopause », ça vous inspire quelque chose? De personnel ou de professionnel?

De personnel surtout, j’ai 67 ans maintenant. J’ai été ménopausée vers 53 ans et ce que je peux dire c’est qu’à 62 ans j’étais mieux qu’à 52. C’est une période qui n’est pas facile parce qu’on croit que c’est « le début de la fin » mais c’est uniquement psychologique parce qu’en fin de compte 12 ans après je me sentais mieux, dans ma peau, dans ma danse.

Ce qui nous perturbe à la ménopause vient surtout de ce que la société nous renvoie.

Ce que j’ai aussi constaté c’est que les bouffées de chaleur, ce n’est pas plus terrible qu’au moment des grossesses. J’ai eu quatre enfants et j’ai eu des bouffées de chaleur au moment de mes grossesses mais on ne parle pas des bouffées de chaleur à ce moment-là, on ne s’en plaint pas. Plus tard quand j’ai eu la ménopause je me suis dit « ah c’est ça que j’avais eu quand j’étais enceinte, c’était des bouffées de chaleur ! » En fonction de la vie, de l’âge et des évènements que l’on traverse on ne met pas les mêmes mots [sur les maux].

Et grâce à cette expérience, je savais ce que je devais faire : « j’arrête de bouger, je me mets en stop » et en trois minutes ça passait parce contre si je continuais à bouger ça s’amplifiait etc. J’ai refait à la ménopause ce que je faisais enceinte pour faire passer ce genre de malaise et je n’ai pas du tout pris de médicament hormonal, je n’en ai pas eu besoin.

Donc à 62 ans vous vous sentiez mieux dans votre vie et dans votre danse que 10 ans plus tôt – pour quelles raisons ?

Vers 52-53 ans je me disais « c’est la ménopause : je ne peux plus danser sur scène ». J’avais mal au dos, je me sentais moins souple. En fin de compte la souplesse est revenue donc j’imagine que cela aussi devait être du aux hormones, bon évidemment je ne mets plus la tête sur les genoux par l’arrière mais j’ai gardé ma souplesse.

Danser, est-ce compatible avec le vieillissement ?

En vieillissant, danser sur scène c’est possible mais comme il faut faire plus attention à son corps, ça enlève un certain plaisir. J’ai préféré arrêter au moment où il a fallu que je contrôle trop les grandes envolées etc. Mais j’ai continué l’enseignement et dans mes cours il n’y a pas de problème.

La souplesse des jambes ne part pas, si vous faites le grand écart à 15 ans vous pouvez le faire à 67 ans. C’est la souplesse des lombaires qui est fragilisée, le corps se raidit pour qu’on se contrôle, corrige, protège plus que quand on avait 30 ans.

Avez-vous des élèves de plus de 50 ans ?

Oui, j’ai des élèves qui ont commencé avec moi quand elles avaient 18 ans et elles ont maintenant plus de 50 ans et elles continuent – elles le vivent bien – elles prennent encore des cours plus ou moins violents avec des sauts, des chutes…

S’y remettre [à la danse], c’est conseillé ?

Oui, c’est toujours conseillé ! même après un laps de temps assez long, à cause des enfants ou de la vie professionnelle, c’est toujours mieux de s’y remettre et la souplesse revient, la force physique aussi. J’ai des femmes qui se sont arrêtées 20 ans et qui après un trimestre me disent que leur souplesse est revenue, qu’elles se sentent mieux : « je re-sens mon corps, je me sens revivre. »  C’est essentiel de s’y remettre !

Ça fait des années que mes élèves me disent que les cours devraient être remboursés par la sécurité sociale. Pour les bienfaits physiques ou psychologiques : pendant une heure et demie elles oublient tout, on est dans une bulle, elles arrivent et elles ne sont pas bien, elles ont mal au ventre et quand elles repartent elles n’ont plus mal. Je l’ai constaté sur moi-même, j’arrivais parfois à des cours pas bien et je repartais c’était fini, ni mal de gorge, ni mal de ventre, ni mal de tête – je donnais mes 3-4 cours de danse et hop-la !

Pour terminer pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez accepté de si généreusement partager votre expérience ?

Parce que si j’avais eu 53 quand vous m’avez appelé – je vous aurais dit oui, c’est vrai on ne sent pas très bien, on se sent un peu lourde, on se sent un peu dévalorisée et je m’aperçois que 15 ans après je suis mieux donc il faut que ça se sache. D’ailleurs mes élèves de 50-55ans à qui j’en parle me disent « ça nous re-booste, ça nous rassure ! Ça nous donne de l’espoir quand on te voit, on se dit : allez on y va ! »

 

Jeannine Lorca enseigne au centre de danse du Marais et pour trouver des cours de la méthode Popard dans toute la France c’est ICI.

Note : ce témoignage est le premier d’une série qu’on espère longue, si vous voulez témoigner de votre expérience présente ou passée de la ménopause ou de votre vie pendant ces année-là – merci de nous contacter :  contact@rougegrenade.fr

2 Commentaires

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Loy 13 mars 2019 - 22:34

Élève de Jeannine petite et ado, et puis j’ai déménagé et j’ai continué les cours de danse jusqu’à 30 ans et après effectivement comme le dit si bien Jeannine nous sommes dépassées par la vie personnelle et professionnelle.
Et puis effectivement la ménopause pointe son nez avec tous ces désagréments et pour ma part avec des problèmes de dos. Maintenant nous sommes informées qu’il est conseillé de bouger et entretenir son corps par le mouvement et des étirements. Effectivement les chutes d’hormones Et les douleurs nous rappellent le temps qui passe et cette jeunesse qui s’eloigne. Mais on fait quoi ? On bouge et on se donne une chance d’améliorer notre condition physiques ou on subit ?
Après réflexions, j’ai eu envie de reprendre la danse, bouger en me faisant plaisir à mon rythme.
J’ai retrouvé Jeannine après tant d’annees, je suis revenue à mes premiers cours de danse😉 je me sens bien dans ce cours très bien adapté aux femmes un peu moins jeunes.
Effectivement l’expérience de Jeannine nous redonne confiance et souplesse.
Merci.
Ch

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Zoe Leonard 13 mars 2019 - 22:48

Merci à vous Loy pour ce témoignage encourageant!

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