Interview de Caroline Safarian – La voix des femmes ménopausées sur scène et dans la société

Par Zoe Leonard

Caroline Safarian a 44 ans, elle est la co-auteure et metteuse en scène de la pièce Ménopausées. Elle nous confie les fruits de son travail de recherche « émotionnelle » auprès de femmes ménopausées et nous explique l’ouverture qu’elle a voulu leur offrir via ce spectacle.

« Ménopausées » met en scène différents scénarii de ménopause basés sur une cinquantaine de témoignages. Le spectacle illustre les difficultés de cette période de la vie – pour la femme et son entourage – et la dédramatise en même temps.

Caroline Safarian voulait offrir une alternative à « la façon pathétique dont l’information circule à propos de cette période la vie qui n’est pas que l’arrêt de quelque chose mais aussi le début d’autres choses ». Elle désirait également sortir les femmes de l’isolement fréquent à cet âge-là, après le départ des enfants, après des séparations ou encore parce que qu’elles ne savent pas à qui s’adresser pour parler de la ménopause.

La société a fait de la ménopause une espèce de stéréotype qui ne correspond à rien et en même temps on n’en parle pas – la parole est remplacée par le stéréotype. 

 

Bonjour Caroline Safarian, félicitations pour votre pièce « Ménopausées », pouvez-vous nous parler de sa réalisation ?

Tout a commencé quand le directeur du Théâtre de Poche Olivier Blin a voulu parler de la période de la ménopause chez la femme. Nous avons tous été surpris par la richesse que ce sujet a déployée, par la richesse de cette période. Elle est effectivement intense, je ne vais pas le nier, mais l’intensité va dans les deux sens.

J’avais très peur de faire le contraire de mon objectif, quand on parle de la ménopause on peut complétement stigmatiser les femmes.

J’adore le commentaire de Catherine Makereel qui dit en substance dans son article du journal Le Soir que s’il n’y avait pas eu un côté plus onirique dans la mise en scène, on aurait eu affaire à une soirée Tupperware. J’avais beaucoup de craintes par rapport à ça, j’avais peur d’enfermer les femmes de 50 ans là-dedans. Je voulais rendre ce terme de ménopause ouvert, je voulais l’ouvrir pour qu’on se sente emportée et pas enfermée par quelque chose. Mon souhait était que les femmes sortent du spectacle en disant – « Oh c’est chouette d’avoir 50 ans finalement, plus chouette que ce que je pensais et j’ai moins peur ».

Réinventons la vie de la femme après 50 ans.

C’est clair qu’avant on ne vivait pas jusqu’à 60 ans mais maintenant à 50 ans, il y a encore une deuxième moitié de vie à vivre. Alors on doit la réinventer et c’est à la femme de le faire, qu’elle ne le laisse pas à la société qui va forcément prôner le jeunisme. En créant ce spectacle j’avais envie de dire aux femmes de cet âge « réapproprions-nous cette période de notre vie, ne nous laissons pas de nouveau avaler par une société avec un seul regard sur le sujet, par une société d’hommes. »

Vous n’avez pas enfermé les femmes dans la ménopause, au contraire vous avez ouvert la discussion en réussissant à faire venir les hommes au spectacle.

Oui c’est vrai et ça fait plaisir. Il y a une grande intention qui peut apparaitre dans le spectacle : on comprend qu’on ne se comprend pas [dans son couple]. Et c’est très chouette d’arriver à dire « ok » peut-être qu’à ce moment de la vie on se comprend moins bien mais ce n’est pas grave. Il n’y a rien de dramatique, c’est juste un réajustement que les hommes et femmes doivent vivre ensemble – ou pas. Certains choisissent de se quitter à ce moment-là, souvent c’est un moment charnière. Pour l’homme à la cinquantaine on dit souvent « ah il va vers des plus jeunes femmes… » mais la femme aussi pourrait le faire, pourquoi pas. Pourquoi ce regard négatif, empreint d’un esprit de misérabilisme sur cette période-là ? Alors que la sexualité sans l’idée de tomber enceinte chaque fois qu’on fait l’amour ça a quelque chose de sympa et surtout c’est sympa que nous, les femmes, puissions le vivre.

« Tu es une femme »

Quand j’ai écrit le texte avec ma collègue sur la base de nos interviews, nous sommes parties de la question « quand tu as été réglée pour la première fois, que t’a-t-on dit ? » Souvent on dit aux filles « voilà maintenant tu es une femme ». Qu’est-ce que ça implique quand les règles cessent ? C’est étrange de proposer ça comme définition à une jeune fille. Cela définit toute la sexualité. La sexualité de la femme est en lien avec la procréation mais on peut envisager la sexualité autrement aujourd’hui.

Les hommes

J’ai aussi voulu montrer que parfois les femmes ne permettent pas aux hommes d’entrer dans ce territoire-là. Comment permet-on à l’homme d’entrer dans la ménopause ?  En lui permettant d’avoir une place qui nous convient en tant que femme : pas une place de dominant ou de dominé. Quelle est la juste place pour les femmes et les hommes à cette période ? Ce n’est pas évident.

J’ai bataillé pour confier un des trois rôles de la pièce à un homme, le reste de l’équipe n’était pas convaincue au départ… Ça me paraissait évident. On ne peut mener ce type de combat sans l’homme à côté de nous, on serait alors dans un affrontement. J’avais envie qu’un homme vienne se substituer à la femme [ndlr : l’acteur dans la pièce joue parfois des rôles de femmes]. Le principe de l’empathie c’est de venir se mettre dans les souliers de l’autre sans avoir mal aux pieds. C’était l’idée : viens te mettre dans nos souliers… Je trouve que ce sont des moments très beaux dans le spectacle : quand l’homme vient soutenir ce discours-là et au fond se mettre à la place de la femme. J’aime cette idée d’aller soutenir l’autre dans son récit.

Pour moi c’était évident, je ne faisais pas ce spectacle sans homme. 

Beaucoup d’hommes me disent qu’ils ont appris plein de choses pendant le spectacle. IL y en a qui me disent qu’ils comprennent par quoi leur maman est passée, ils me disent « ah c’est ça qu’elle avait ».

Les témoignages.

Quand on met un témoignage sur la scène souvent c’est parce qu’il n’y a pas de place pour lui dans le réel, on donne la parole à celui qui n’est pas écouté en dehors.

Les témoignages des hommes que nous avions collectés étaient beaucoup plus clichés, beaucoup plus pudiques, moins fins. J’ai donc inventé les témoignages masculins de la pièce avec l’idée de me faire du bien, j’avais envie de mettre sur la scène ce que j’aimerais qu’un homme me dise quand je serai dans cette période-là.

A bon entendeur – la pièce sera probablement reprise en octobre à Bruxelles. Plus d’informations ICI.

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