L’accompagnement de la femme en transition vers la ménopause par la gynécologue Valérie Albert

Par Zoe Leonard

Avez-vous déjà pensé vous faire accompagner de votre conjoint pour votre visite « ménopause » chez le gynécologiste ? Selon le docteur Albert c’est une très bonne idée. Elle nous explique également son rôle de préparation et d’accompagnement des femmes ainsi que celui d’autres professionnels de santé à cette période de la vie des femmes.

Docteur Albert, bonjour! Comment voyez-vous votre rôle auprès de vos patientes au moment de la ménopause ?

Je joue un rôle important auprès des patientes qui sont en transition vers la ménopause. C’est surtout ces femmes de 45 à 52 ans qui viennent me consulter et demander de l’information. Je réponds à leurs questions et les réfère aux autres spécialités en fonction des besoins. Plus tard, quand elles sont en « ménopause installée », leur accompagnement redevient celui d’une visite annuelle de gynécologie classique.

Cette transition hormonale vers la ménopause, est-elle la principale difficulté de la ménopause pour les femmes ?

Oui. Au contact de mes patientes, j’ai très rapidement identifié la quarantaine comme étant très pénible à vivre. Plus précisément de 45 à 50ans, je trouvais que toutes les femmes semblaient vraiment en difficulté. C’’est effectivement un moment difficile à vivre, un moment où il se passe beaucoup de choses dans le corps des femmes. Je leur explique que c’est comme l’apparition des règles, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Adolescente, nous avons été déboussolées par la puberté, les changements de notre corps, les premières règles – ce ne fut pas un moment très agréable. A la ménopause, c’est la même chose dans l’autre sens. La transition vers la ménopause prend plusieurs années et il faut savoir que même quand on a toujours ses règles il y a déjà un déséquilibre hormonal qui modifie de nombreux fonctionnements de notre organisme et explique ce mal-être. Les femmes en péri-ménopause se sentent comme dans un syndrome prémenstruel plus long et plus profond, elles ne se reconnaissent pas, ni dans leur corps ni dans leur « âme », et de ce fait leurs maris sont un peu perdus. Ces sentiments sont fréquents mais bien sûr ne concernent pas toutes les femmes. Seront généralement plus atteintes celles qui ressentent déjà leur syndrome prémenstruel.

C’est vraiment de 45 à 50 ans que mes patientes viennent me voir avec leurs questions et surtout leur désespoir.

De quoi ces femmes ont-elles besoin ? Quelles solutions peuvent soulager ce désespoir ?

A partir du moment où elles ont l’information et qu’elles savent que c’est normal – si elles sont prêtes et ont les ressources pour cela – alors c’est l’acceptation. Savoir que c’est normal, que ce qu’elles vivent est lié à la ménopause et surtout que ça va s’améliorer après (quand la ménopause sera installée elles reprendront un rythme de croisière) les aide à vivre le moment. Par ailleurs, si elles ont des plaintes physiques, d’insomnies ou de sudations nocturnes (et même si elles ont encore des règles), on peut aider hormonalement celles qui en ont besoin.

Parfois les conjoints accompagnent les femmes en consultation ?

Oui c’est arrivé et c’était très bien : ainsi ces hommes ont pu entendre mes explications et ils ne peuvent plus mettre en doute celles de leur femme ! C’était principalement pour les changements d’humeur, l’irritabilité et les modifications d’apparence du corps. Ils ont entendu de ma bouche, celle d’une tierce personne, que la prise de poids est due au métabolisme qui se ralentit, que c’est normal que le corps change et qu’il faut faire beaucoup plus d’efforts en étant une femme qu’en étant un homme. Et surtout, je leur explique que ces troubles de l’humeur sont irrépressibles, que les femmes les ressentent et ne peuvent pas vraiment les combattre.

Hormis l’acceptation et le traitement hormonal, quelles sont vos autres recommandations ?

Quasi systématiquement, je conseille vivement à mes patientes de trouver quelque chose qui peut les aider pour tout leur avenir. C’est à dire de la relaxation et de plus être à l’écoute de son corps. Il y a le yoga et le tai chi etc. mais maintenant je recommande surtout la méditation pleine conscience. La méditation pleine conscience est une des seules techniques, mis à part les hormones, qui a fait scientifiquement ses preuves de bienfait sur les bouffées de chaleur. Rien que pour ça je la prescris mais aussi pour l’anxiété et la tendance à la dépression parfois ressenties à la péri-ménopause. Celles qui parviennent à le faire, celles qui arrivent à prendre le temps de s’y mettre sont ravies. Ça les aide vraiment beaucoup.

Quel investissement en temps est nécessaire pour se mettre à la méditation pleine conscience ?

La formation de la méditation pleine conscience est proposée dans notre centre médical et se fait en 8 séances hebdomadaires de deux heures et après ça nos patientes ont les outils pour continuer à pratiquer elles-mêmes. Pour ressentir les bienfaits sur les bouffées de chaleurs, il faut vraiment la pratiquer au quotidien, 20 minutes par jour. Parfois il faut un peu de temps pour accrocher mais après c’est comme le sport, addictif.

Vous travaillez dans un centre médical consacré à la ménopause ?

Oui, j’ai travaillé dans différents centres médicaux de ce type et j’ai participé à leur création. Le premier était à Liège et plus récemment on a essayé de concevoir la même chose ici à Bruxelles. La création du centre de Liège s’est faite quand j’étais assistante en formation auprès du Professeur Axelle Pintiaux. Elle-même gynécologue avait suivi une formation spécialisée en endocrinologie et on a commencé à parler de ménopause et de l’accompagnement nécessaire avec les autres spécialités pour ce moment dans la vie d’une femme.

Quelles autres spécialités sont représentées dans votre centre ?

A Liège, au départ il y avait bien sûr les gynécologues. On s’est fait accompagner de rhumatologues pour les problèmes d’ostéoporose, de physiothérapeutes, de sénologues pour la mammographie et on a aussi très rapidement créé des contacts avec des cardiologues pour faire des bilans cardio-vasculaires parce que c’était l’époque où le traitement hormonal était encore un peu remis en question.

Les patientes pouvaient arriver à jeun pour une prise de sang quand le check-up n’avait pas été fait par un médecin généraliste. Elles se mettaient ensuite en peignoir et tous les spécialistes se mettaient autour d’elles : elles passaient leur mammographie, leur ostéodensitométrie, une échographie et éventuellement un frottis de col. Chaque examen bien sûr n’est pas fait chaque année mais en fonction des besoins des patientes – elles voient tous les spécialistes en une matinée.

L’idée est donc de faire une visite annuelle ?

Suite à leur première visite et en fonction des besoins, l’ostéodensitométrie peut être répétée tous les trois ans mais en tout cas à 50 ans je recommande aux femmes de voir un gynécologue chaque année et de faire une mammographie en parallèle.

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